Mon nom est Antonio MARTINEZ-QUIRCE.

Depuis de nombreuses années j'ai pour passion la photo et c'est ce qui m'a encouragé à partager mes images à l'aide de ce "blog".

Je ne suis qu'un modeste amateur n'ayant pas la prétention d'exposer des images pouvant rivaliser avec celles des professionnels. Certains d'entre vous aimeront peut-être et d'autres pas. A vous de voir et de me donner votre avis en toute sincérité.

Je suis né en Espagne en 1937 en pleine guerre civile et orphelin de père, celui-ci ayant été tué au combat cinq mois avant ma naissance.

                                    

Début de l'année 1939, chassés d'Espagne par l'avancée des troupes franquistes, je suis arrivé en France dans les bras de ma mère. J'avais 14 mois!

Près d'un demi million d'Espagnols craignant à juste titre les représailles franquistes, franchirent la frontière pyrénéenne. Cette énorme masse humaine comprenait       270 000 militaires et près de 180 000 civils, parmi lesquels 68 000 enfants et 63 000 femmes. L'hospitalité que les autorités françaises leur réservèrent restera comme une page sombre dans la mémoire de tous ceux qui vécurent ce lamentable exode, et aura peut-être été une rude leçon pour ceux qui virent surgir dans leurs villes, dans leurs campagnes, ces hordes déguenillées, épuisées, apeurées, traînant avec elles des bribes de leurs biens.

Après un bref passage dans des camps de contrôle, hommes, femmes, enfants furent dirigés vers les camps de concentration installés tout le long de la côte Vermeille où rien n'avait été prévu pour les héberger. Ces êtres fourbus, à bout de nerfs, qui avaient cru trouver en France un havre de paix après les souffrances qu'ils venaient d'endurer, perdirent bien vite leurs illusions. Pour  la plupart, ils vécurent dans des conditions d'une extrême précarité sur les plages du littoral méditerranéen, sans abri, chichement nourris, parfois traités comme des troupeaux de bêtes.

 

  Au début du mois de mars, selon les statistiques officielles de l'époque, la population de ces pénitenciers de plein air atteignit 236 000 personnes. Elle se ventilait comme suit:

  Argelès   (30 000);  Saint-Cyprien  (60 000);  Le Vernet  (5 000); Gurs (16 000);

  Bram  (16 000); Marères (5 000); Agde (16 000); Septfonds (15 000); Vernet (13 000).

  Quant aux conditions de vie qui prévalurent dans ces camps, un rapport officiel français, rédigé par le médecin-général Peloquin du cadre de réserve apporte un témoignage irrécusable:

« Entre le 18 et 19 février se pressaient 60 à 65 000 personnes à Argelès,       95 000 à Saint-Cyprien et Prats de Mollo.

Les camps d'Argelès et de Saint-Cyprien, établis sur les plages bordant ces localités, étaient gardés du côté de la terre par des troupes coloniales.

Sur la plage d'Argelès, afin de se protéger des tourbillons de sable, les internés avaient construit avec des roseaux arrachés sur place de petits abris individuels.

A Saint-Cyprien, des excavations avaient été creusées, à même la plage, mais celles-ci étaient si peu nombreuses que la plupart des réfugiés dormaient à la belle étoile, endurant les basses températures de la saison et une forte hygrométrie.

A Prats de Mollo quelques huttes de branchages avaient pu être dressées : une dérision, compte tenu des milliers de personnes sans refuge.

Pas d'eau courante : tout au plus y avait-il quelques pompes de fortune puisant l'eau d'une nappe souterraine pouvant être polluée à tout moment en l'absence d'installations sanitaires.

C'est  dans ces conditions que nous nous sommes retrouvés dans des camps situés en Bretagne. Tout d'abord à Plougonvellin, puis à l'Ile Tudy et enfin à Plouhinec. Inutile de préciser l'extrème précarité dans laquelle tous ces pauvres gens se trouvaient.

D'ailleurs une de mes petites cousines, âgée de deux mois de moins que moi ne survécut pas. Elle fut enterrée à Brest.

Il faut pourtant souligner que  là, furent appréciés les premiers signes de solidarité démontrés par les bretons, ce qui améliora le moral des réfugiés.

Dés septembre c'est la deuxième guerre mondiale qui éclatait ! Les espagnols n'avaient pas fini de souffrir.

Peu à peu les camps se vidérent. Ma famille, (grand-mère, trois tantes, quatre cousins, ma mère et moi) allait trouver hébergement et travail à Audierne.

                           

                                           

                                       

                                               (Le port d'Audierne)

                         (Ci-dessus, l'entrée de la "maison" où nous logions)

Ma mère étant tombé gravement malade, fut hospitalisée pendant plus d'un an à l'hôpital de Quimper. Ce furent mes tantes et ma grand-mère qui me prirent en charge.

                      (ci-dessus 2 de mes tantes, mes cousins et moi-Audierne)

                       (2 cousins parfaitement intégrés à leur nouveau pays)

          ( pour mes tantes cette photo prouve que le costume breton leur allait très bien)

A sa sortie de l'hôpital, ma mère me reprit avec elle et nous allâmes vivre à Douarnenez car elle avait trouvé un travail de femme de ménage chez des commerçants. C'est dans cette ville que je suis allé à la maternelle pour la première fois.

Après six ans de veuvage, cette dernière trouva un nouveau compagnon pour refaire sa vie. Cet homme allait devenir mon père nouricier.

Par la suite nous allions vivre à Brest mais à peine installés il fallut fuir à cause des terribles bombardements qui d'ailleurs anéantirent une bonne partie de la ville dans les jours qui suivirent notre départ. Je garde encore le souvenir du bruit des bombes et des éclairs de la DCA.

                                         (Ma mère et moi à Brest)

Ce nouveau déménagement allait nous conduire à Pont l'Abbé au Manoir de Triouguy où mon frère naquit le 12 mai 1944.

          (Le Manoir de Triouguy - photo que j'ai faite en novembre 1974)

Nous n'étions pas devenus châtelains !

Mes parents étaient employés de maison et nous logions dans deux pièces situées juste au-dessus de la cloche. Je garde un très bon souvenir de la charmante dame qui devait être sans doute la propriétaire. C'est avec elle que j'ai dégusté mes premières crèpes et galettes. Ah qu'elles me semblaient délicieuses !

Hélas, les bonnes choses ne durent jamais et vers fin de l'année 1944 il fallut se résigner à quitter cet endroit qui restera à jamais gravé dans ma mémoire, tant j'avais passé d'agréables moments.

Adieu manoir, nous allions vivre à quatre dans un local de 20 m²,  tout près de l'hôtel du "Lion d'or" situé au centre de Pont l'Abbé. Nous survivions tant bien que mal. De cet endroit je garde le souvenir d'une fête qui me paraissait grandiose. C'était le jour de la "fête Dieu". Toutes les rues étaient recouvertes de dessins réalisés avec de la sciure teintée de différentes couleurs (enfin je crois que c'était de la sciure!). Je m'étais fait copain du fils du charbonnier. Courant l'été de cette année, mon petit frère faillit succomber à une septicémie. Heureusement qu'il réussit à guerir assez rapidement.

Notre séjour en Bretagne s'acheva quelques mois après la fin de la guerre car dés 1945, la plupart des familles espagnoles pensant à tort que le régime Franquiste allait s'éffondrer du fait de la victoire des alliés, se rapprochèrent de la frontière franco-espagnole. Certaines s'installèrent au pays Basque, d'autres à Bordeaux, Tarbes, Perpignan......pour nous ce fut Toulouse-Blagnac. Une autre vie commençait mais en ce qui me concerne j'allais garder pour toujours une affection pour tout ce qui était relatif à la Bretagne.